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Le placard à horreur du vide-chapitre trois

Jeudi, 15 janvier 2009

POUR LIRE LE PREMIER CHAPITRE IL VOUS FAUT ALLER SUR “CATEGORIES” ET DANS LE DOSSIER “LE PLACARD A HORREUR DU VIDE” ET FAIRE TOURNER LA MOLETTE DE LA SOURIS.

-Il me faut ton dessin dans trois quarts d’ heure
-M’ en fout.
-Mais tu as lu le papier ?
-M’ en fout.
-C’ était un dessin hauteur pas largeur !
-M’ en fout !
-Tu ne pense pas que c’ est trop noir ?
-M’ en fout !
-Tu ne pense pas que  c’est trop blanc ?
-M’ en fout !
-Je ne comprends pas ce que tu as voulu dire !
-M’ en fout !
-M’ en fout !
-M’ en fout !
 Plus de reflexions à entendre, plus de reflexions à avoir; car si hors du placard c’ était le journal, dorénavant à l’ intèrieur c’ était son atelier. Une nouvelle façon d’ appréhender sa passion, ne plus être publier d’ accord, mais toujours dessiner, pour ne pas perdre la main et surtout pour ne pas perdre pieds. L’ envie du dessin peu à peu jour après jour lui revenait, aussi quand avec sa liste de materiel graphique à commander il était allé voir le responsable des achats et que celui-ci benoitement lui avait dit interrogateur.
- Mais tu ne publies plus ?
- Mais je dessines encore ! Avait -il répliqué sèchement.
 Ainsi donc le placard n’ avait-il pas eut sa peau, pis même, celui-ci ne l’ avait-il pas rendu plus cynique. Tout les jours il viendrait au journal, tout les jours il dessinerait et de ce travail quotidien chaque fin de mois, photocopié, annoté et mis sous enveloppe, il l’ adresserait au directeur du jourrnal. Un dessin par jour de présence et surtout un dessin bien noir bien caustique sur un sujet tout trouvé, l’ entreprise, la chouette vie dans l’ entreprise, entre placards, promotions, augmentations, petits et grands chefs, DRH, bref tout ce qui fait la joie et le sel d’ une vie de salarié. Il s’ était enfin remis au boulot, à tout jour ouvrable sa nouvelle idée, son nouveau dessin; dés lors chaque matin il n’ était plus mécontent de venir au travail comme on dit. Il y arrivait même très souvent parmi les premiers et le soir vers dix-huit heures une fois son oeuvre achevé il rentrait chez lui avec la satisfaction du devoir accompli. Ainsi sans s’ en rendre compte avec le temps il avait fini par domestiquer son placard…Domestiquer son placard, la formule n’ était pas mauvaise elle lui tournait bien dans la tête. Il avait réussi à faire de son placard une pièce où il faisait bon y être, il y était d’ ailleurs comme chez lui. C’ était chez lui mieux que chez lui.
 Presque chaque jour il s’ enfermait dans son placard car en dedans il y faisait noir comme dans un encrier quand l’ encre y est, et le noir décidement lui allait trés bien.
  Son déjeuner du midi il le passait le plus le plus souvent seul, plus par choix que par une quelconque mise en quarantaine.

 

Le placard a horreur du vide-Chapitre deux

Jeudi, 2 octobre 2008

02/10/2008 Il est aussi difficile de commencer un dessin que de le finir. Combien d’ oeuvres où l’ artiste en croyant mieux faire ont pu être gâchées, sabotées, défigurées par l’ ultime coup de plume ou de pinceau. Savoir s’ arrêter ne pas y revenir même par petites retouches et se dire , c’ est fini. Il lui était assez difficile d’ avoir du recul sur son travail, pas le temps de laisser reposer, sitôt dessiné, sitôt mis en page et presque immédiatement publié. C’ est le premier coup de crayon qui décidera de la suite. Si le premier trait semblait mauvais ou mal situé sur la feuille il retournait celle-ci et recommençait. Surtout ne pas utiliser de gomme, laisser les empreintes successives du crayon. Ce sont la plume ou le pinceau qui détermineront le tracé définitif. Mais là encore rien n’ est figé, le noir et blanc autorise le repentir , coller un petit bout de papier blanc, ou utiliser du “typpex”, rien n’ est interdit, la reproduction dans un journal se moque de ces détails d’ intendance, ne restera que le blanc du papier journal et le noir de l’ encre d’ imprimerie.

 Le dessin de presse comme son nom l’ indique c’ est la presse, l’ urgence. Tout dans un quotidien est pressé; écrire un papier est pressé; mettre ce papier en page est pressé; cherché une illustration photo ou une infographie est pressé; alors le cerveau du dessinateur peut à son tour lui aussi être  presser, personne n’ y trouvera à redire. Chercher une idée, l’ imaginer, l’ esquisser, la passer à l’ encre et la soumettre à un quelconque responsable, le tout dans un délai si court que l’ on peut s’ autoriser enfin à parler de dessinateur de stress. Souvent l’ exercice était répété plusieurs fois par jour, un mélange subtil entre artiste et artisan pour la forme, journaliste et dialoguiste pour le fond. Chaque professionnel abusant de l’ un ou de l’ autre.

 Et le vertige de la page blanche peut on en parler de ce vertige là, celui qui arrive au graphiste quand il se penche au-dessus de sa feuille. Cette feuille blanche qui ne se doute pas encore du désir qu’ elle représente; selon son grammage, son grain, sa superficie, elle sera choisie en prévision de l’ oeuvre à exécuter, plume, pinceau, gouache ou aquarelle, crayon ou fusain, à chaque technique sa surface blanche et vierge. Elle est donc là étendue offerte et consentante, elle ne se rebelle pas sous les premiers coups de crayon, elle comprend qu’ elle n’ existera qu’ au moment ou elle sera noircie, et si le recto ne donne pas toute satisfaction il pourra toujours la retourner; c’ est ainsi, c’ est son karma.

 Chez beaucoup de  graphistes la gomme est la grande oubliée, certains ne s’ en servent plus mais celle-ci   toujours présente sur la table à dessin  y est plus  par tradition que par réelle utilitée. Son seule tort est qu’ elle ne s’use que lorsqu’on sert, et que pour marquer son territoire elle laisse des chiures un peu partout. Quel dessinateur un peu maladroit, dans un mouvement de la main en voulant les enlever n’ a t’ il pas commis l’ irréparable, encrier ou pot à eau renversés, couleurs pas encore sèches qui s’ étalent en laissant de grandes marques bariolées. Mais si sa gomme ne servait pas souvent il était toujours inquiet quand elle disparaissait de son champ de vision. Car celle-ci a un sens de l’ humour qui n’ appartient qu’ à elle, parfois sans raison elle se jetait dans le vide et une gomme qui tombe cela ne fait pas de bruit, pas plus que son choc avec le sol, vu son état caoutchouteux. La gomme après contact rebondissant forcément en silence ira se cacher évidemment sous le meuble le plus proche. Telle une coquine  ainsi cachée elle attend, car elle sait qu’ à un moment ou à un autre une main énervée viendra la retrouver; alors elle accomplira sa mission et fera ce pour quoi elle a été créee…

18/12/2008 Ainsi donc ce dessinateur était un dessinateur à l’ ancienne. Papier coton, plume, pinceau, et encre de chine, bref tout l’ attirail du parfait petit graphiste rétrograde; non pas qu’ il méprisait les nouvelles technologies mais le contact avec le papier, l’ odeur de l’ encre, la douceur du poil des pinceaux, la variété infinie du materiel, tout cela participait au plaisir du dessin. Creer sur écran par la grace d’ une tablette graphique, il n’ était pas vraiment contre, mais tout compte fait, et après quelques secondes de rèflèxion il n’ était pas franchement pour non plus.

  Alors, revenons à ce placard puisque de placard il s’ agit, et que dedans il y est jusqu’au cou, et dedans il y fait noir. Pour un petit rai de lumière il lui suffirait d’ entrouvrir la porte mais ni l’ envie ni le désir ne lui en viennent. Etre envelopper de noir comme se noyer dans son  encre de chine, ne pas hurler ni surtout crier profiter de ces moments de belle solitude pour ne même pas entendre le bourdonnement de la rédaction durant le bouclage du quotidien et pendant toute une journée ne voir personne. Le placard au jour le jour cela devient un état d’ esprit, presque une philosophie, plus de moule dans lequel se couler, plus aucun jeu social à jouer devenir et n’ être que soi. Toute la journée selon si la porte de son placard était ou non ouverte il pouvait voir et entendre les journalistes aller et venir, l’ actualité minute par minute imposée sa loi sur le chemin de fer mais lui n’ était pas là. Le journal s’agitait, se faisait se défaisait et lui suprême luxe n’ avait qu’ a fermer la porte de son placard pour ne plus y voir quiconque.

 

Le placard a horreur du vide-Chapitre un

Samedi, 6 septembre 2008

  Le texte qui suit n’est qu’une oeuvre de friction. Rien de ce qui est écrit ne peut ressembler de près ou de loin à ce que pourrait vivre un dessinateur au sein d’un journal.

 
C’était un après-midi pluvieux, et lui était plus jeune. C’était déjà il y a quelques mois, le rendez-vous était fixé vers 16 heures. Depuis bientôt deux ans, la porte du placard dans lequel il se débattait se refermait peu à peu, et la perspective d’un tête-à-tête avec son directeur de la rédaction n’engageait pas à l’optimisme.
  “Assieds-toi, je veux que tu t’en ailles… Tu n’as pas de talent, tu n’as pas d’ idées et tu ne sais pas dessiner”.C’était un vrai compliment d’abject direct et, placé après, il était de toute évidence certain que les deux parties ne pouvaient s’accorder.

 

 

  Les êtres intelligents, les vrais, la vie devrait nous les faire rencontrer au plus tôt dans une carrière professionnelle; car trente ans auparavant, ces quelques mots prononcés par son directeur auraient certainement fait mouche. La presse y aurait alors gagné un médiocre dessinateur en moins et lui un changement d’orientation illico presto. Comme quoi les êtres intelligents, les vrais, on ne les trouve pas à tous les coins de journaux. Ainsi donc, ses milliers de dessins publiés jusqu’à aujourd’hui n’ étaient que le fruit d’aveuglement, d’incompréhention et de bêtise de la part de directeurs de la rédaction à la limite de l’incompétence. Dur constat que celui de se dire que la majorité des journaux dans lesquels il avait pu publier n’ étaient dirigés que par des imbéciles…

 La question que se pose tout nouveau placardisé est : pourquoi moi ? Comme pour tout un chacun nous associons le placard à un châtiment plus ou moins mérité; plutôt plus que moins d’ailleurs. Le placard ne peut être que pour une certaine catégorie de collaborateurs ayant franchi la ligne jaune, genre les très gros feignants, les jeunes loups aux dents trop acérées, ou encore les vrais ringards; bref rien qui ne nous concerne vraiment. Nous, nous sommes bosseurs, ambitieux juste ce qu’il faut, et pour ce qui est de la ringardise, le mot est rayé de notre vocabulaire. Il faut croire qu’ il inaugurait donc une nouvelle forme de placard, celui qui accueille le salarié bosseur, ambitieux tout en restant correct, et surtout pas ringard. Tout cela n’était que parodie de gestion du personnel, la sanction ressemblait grandement à une grossière terreur judiciaire.

 L’avantage avec l’arbitraire c’ est qu’il n’a  à se justifier que dans l’outrance; l’arbitraire ne fait pas dans le détail, il cousine avec le gros, le lourd. L’ excès même de l’outrance devient alors sa propre faiblesse. Lorsque le type à pouvoir lui balance ” tu n’as pas de talent, pas d’idées, et tu ne sais pas dessiner” il ne devient que le miroir de sa propre incompétence. “Le talent, ça emmerde ceux qui n’en ont pas” écrivait Léo Ferré. Les pédiatres pensent qu’il faut retirer à un certain âge la tétine aux bébés afin d’éviter de leur déformer le palais, mais aucun ne parle de ces mômes nés avec une cuillère en argent dans la bouche qui leur déformera le palais et la cervelle. Tant pis pour eux,  tant pis pour nous.

 Pour être tout à fait franc le placard ne fut pas la première option envisagée, mais lui ne désirant pas prendre la porte, celui-ci s’ imposa par la farce des choses. Toujours assis derrière sa table, à dessein, on ne lui demandait plus d’ illustration. Finie l’ angoisse de la feuille blanche, ex dessinateur de stress il avait désormais jeté l’ encre. Certes comme beaucoup le lui faisaient remarquer, il était toujours payé. Payé, trop, beaucoup trop, ça aussi la direction ne se privait pas de le lui faire remarquer. Le salaire des artistes donne toujours un sale air aux comptables. Mais est-on vraiment trop payé quand on vous oblige à ne rien faire. Habitué de la commande, il n’ arrivait plus à crayonner, c’ est un peu le paradoxe de ce métier où il dessinait pour son travail et peu ou prou pendant ses loisirs. 

 Auparavant ce qu’ il croquait avait  toujours été publié, sujets internationnaux, de politiques, de société, de sports ou de loisirs, il avait marqué de son empreinte chaque rubrique du journal, pas une page qui n’ avait échappé à sa griffe, c’ était sa vie, ses envies, son avis. La porte du placard s’ était refermée avec lui dedans. Il lui fallu un assez long moment avant qu’ il ne se fasse à l’ obscurité, parfois on ne s’ y fait pas. Toutes ces années passées il avait publié plusieurs dessins par jour, le placard se précisant il n’ en fit plus qu’ un; puis deux ou trois par semaine et le placard se dessinant de plus en plus il dessina de moins en moins et enfin plus du tout. S’ habituer à ne plus dessiner ne plus être un stakhanoviste de la caricature.

 14/09/2008 Quand il arrivait le lundi matin, il allait comme un lundi, il se posait à son bureau, allumait son ordinateur, regardait ses mails se faisait un café puis allait s’ en griller une au fumoir ensuite vers quatorze heures il sortait déjeuner, et à son retour le reste de la demi journée s’écoulait encore monotone, fumoir, café, lire quelques journaux, fumoir, café, ainsi jusqu’ à la fin de l’ après midi; ensuite il rangeait ses affaires et rentrait chez lui.

 Revenir mardi matin,  se poser à son bureau, allumer son ordinateur, regarder ses mails se faire un café puis aller s’ en griller une au fumoir ensuite vers quatorze heures sortir déjeuner, et au retour le reste de la demi journée qui s’ écoule encore monotone, fumoir, café, lire quelques journaux, fumoir, café, ainsi jusqu’ à la fin de l’ après midi; ensuite ranger ses affaires et rentrer chez soi.

 Revenir mercredi matin,  se poser à son bureau, allumer son ordinateur, regarder ses mails se faire un café puis aller s’ en griller une au fumoir ensuite vers quatorze heures sortir déjeuner, et au retour le reste de la demi journée qui s’ écoule encore monotone, fumoir, café, lire quelques journaux, fumoir, café, ainsi jusqu’ à la fin de l’ après midi; ensuite ranger ses affaires et rentrer chez soi.

 Revenir jeudi matin,  se poser à son bureau, allumer son ordinateur, regarder ses mails se faire un café puis aller s’ en griller une au fumoir ensuite vers quatorze heures sortir déjeuner, et au retour le reste de la demi journée qui s’ écoule encore monotone, fumoir, café, lire quelques journaux, fumoir, café, ainsi jusqu’ à la fin de l’ après midi; ensuite ranger ses affaires et rentrer chez soi.

 Revenir vendredi matin, aller comme un vendredi  se poser à son bureau, allumer son ordinateur, regarder ses mails se faire un café puis aller s’ en griller une au fumoir ensuite vers quatorze heures sortir déjeuner, et au retour le reste de la demi journée qui s’ écoule encore monotone, fumoir, café, lire quelques journaux, fumoir, café, ainsi jusqu’ à la fin de l’ après midi; ensuite ranger ses affaires et rentrer chez soi.

21/09/2008 Le placard qu’ il venait d’intégrer sentait les pieds, un placard ça ne sent jamais la sueur, sinon on appelle cela un bureau; à la rigueur on peut y sentir l’ oubli et y trouver des larmes, et des rancoeurs. J’ en ai personnellement connu qui y avait rencontrer des doutes, mais ce placard là sentait des pieds, il voyait bien que celui-ci avait été nettoyé à la va vite, le précédent locataire y avait oublié une vieille paire de chaussures de sport. L’ odeur n’ était pas trop incommodante et la porte légèrement entrouverte le temps d’ un week-end suffirait à assainir l’ atmosphère. Il devinait par certains détails que ce placard venait tout juste d’être libéré ou plutôt que l’occupant venait d’ être libéré, la place était encore chaude. Mais si son placard sentait les pieds par contre il n’ y était pas à l’ étroit, il y tenait même à son aise et pouvait si l’ humeur lui en venait y faire les cent pas sans problème.

 Quelques années auparavant lorsque l’ imbécile en chef ( le placardisé part d’ un postulat très simple voire simpliste, le chef est forcément un imbécile car un chef compétent ne l’ aurait surement pas mis au rancard ) avait pris la direction du journal, dans un de ses premiers discours d’ intentions, il avait fustigé ces placards qui selon lui n’ étaient que le reflet d’ un management qui s’ était perdu dans les limbes de la presse de grand-papa. Avec lui et grace à lui ils allaient  voir ce qu’ ils allaient voir, finis les placards tout le monde au boulot…et ils avaient vu. Le placard est comme la nature il a horreur du vide et tel un carnassier il a besoin de chair fraiche qu’ il digèrera souvent pendant des mois et parfois des années, avant de  recrachée exangue, stressée, et moralement détruite son morceau de bidoche. Personne ne s’ intéresse aux placards et encore moins aux placardisés, aucune statistique, aucun sondage, aucun écho, rien. Le placardisé n’ est pas la norme il n’ a pas de tribune ni de relais d’ opinion et quand par hasard il ne peut plus s’ empècher de hurler, personne ne l’ entend crier dans l’ open space.

 

22/09/2008 Paradoxalement le placard ça doit se mériter, ce lieu à broyer du noir doit trouver à qui parler, les fragiles, les dépressifs, les angoissés, les stressés, les suicidaires, cet endroit n’ est pas fait pour eux, il n’ en ferait qu ‘ une bouchée, car les premiers instants passés dans le placard sont déterminants. La façon de s’ y tenir debout, bien droit ou tout vouté, la façon d’y respirer ou pas, la façon de s’ y déplacer ou pas, et surtout la façon d’ y penser ou pas feront qu’ on y résistera ou pas. Résister voila le vrai challenge, résister à la pression quotidienne du placard qui ne peut s’ ouvrir, aux questions des collègues à peine formulée, aux regards des petits chefs légèrements ironiques, aux silences bien lourds de la direction, RE-SIS-TER. Ton pire ennemi c’ est toi lui avait dit son avocat, pour atteindre le salarié ils passeront par le dessinateur lui avait aussi dit son avocat, mais ce que ne lui avait pas dit son avocat, c’ est que le calice il le boirait jusqu’ à l’ hallali.

28/09/2008 Il était enfin dans le placard, son placard, il y fait nuit et se souvient, le noir invite au bilan et le noir lui va bien. ” Et à part ça qu’ est ce que vous faites dans la vie”. Si cette phrase ne lui fut pas entendue plus de mille fois, elle ne le fut pas une seule. Et à part ça qu’ est ce que vous faites, de rédaction en rédaction il l’ entendait si souvent parfois suivi de”…et vous arrivez à en vivre”. Certes on peut arriver à en mourir parfois même à en survivre , mais lui il avait fini par en vivre; chichement à ses débuts modestement ensuite puis l’ aisance avec le temps et les titres plus prestigieux avait fini par arriver. L’ encre de chine coulait dans ses veines, irriguait son cerveau. Publier des dessins, plusieurs par jours devenait une nécessité, comme une drogue. Peut-être cherchait il à se venger de débuts difficiles, peut-être aussi pour s’ empêcher de penser à autre chose ou  tout simplement pour occuper son temps.

 Son paternel ne lui avait il pas formuler alors qu’ il venait d’ avoir  ses dix huit ans ” On nait, on meurt, entre les deux il faut s’ occuper”. Aussi d’ être devenu un boulimique du dessin de presse l’ occupait entierement et à plein temps. Ses premières publications il les avaient faites épisodiquements vers le milieu des années soixante-dix, dans des titres aussi divers que variés dont la plupart avaient aujourd’ hui disparus. La presse était à cette époque encore trés polémiste, l’ esprit de mai soixante-huit y flottait toujours. C’ était un temps où Rouge, quotidien du matin nous promettait invariablement le grand soir, Libération balbutiait à peine, mais les maos se montaient quand même du col, France-Soir quittait définitivement Lazareff, L’ Equipe se la jouait solitaire, Le Parisien se libèrait dans les rues de la capitale, La Croix avec la manière se la voulait évènement, L’ Aurore vivait ses premiers crépuscules, sur les grands boulevards on refaisait le Monde et Le Figaro déja se faisait des ronds POINT.

 Aussi à cette époque, son carton sous le bras courrait il toutes les rédactions, tel un camelot cherchant à fourguer des ustensiles ménagers à des bourgeois dont les cuisines étaient déja trés bien suréquipés. A ce moment là le dessin était parlant, il ne se suffisait pas à lui-même, une bulle comme  béquille lui permettait de ne pas tomber à plat. C’ était alors la grande époque de Faizant, dessinateur au Figaro, toujours publié à la une, modèle étalon pour une concurrence où des rédacteurs en chef sans inspiration espéraient qu’ un clone de l’oiseau rare vienne frapper à la porte de leur périodique. Aussi quand tout jeune dessinateur il se pointait avec ses petits mickeys sous le bras chez ces journalistes formatés, la sentence tombait vite et sans appel, faites nous du Faizant lui balançait on dans les dents. Le dessinateur de ces années là se devait de coincer la bulle. Le dessin de presse était littéraire ou n’ était pas. Sous le règne de Giscard les dessinateurs politiques furent nombreux tous à gauche et Faizant à droite sur la photo souvenir de ce septennat.